vendredi 12 mars 2010
Les romans en Japonais
Il est tout petit, un peu perdu dans son bocal, c'est pas si grand pourtant mais il tourne en rond, fait des petites danses comme ça, il plonge ou tente le sur place, joue à se cacher tout seul en comptant jusqu'à 100 000, au moins, ben oui, il sait, celui là il est un peu étrange, et nager il sait pas très bien. Ou plutôt si : quand il ne réfléchit pas, tout va bien, il fait des petites vagues, des glissades, des ronds dans l'eau. Ca peut être joli comme tout. Le problème c'est qu'il pense trop, parfois il oublie même de respirer tellement ça le paralyse. Pourquoi il se sent si peu à sa place, à l'étroit ? Dans le fond, on lui a mis une petite malle, avec des fausses pièces d'or, des gravillons multicolores pour faire beau, mais sans trop savoir comment, il sait que c'est du toc et ça le rend fou, alors il joue à tout secouer, il s'en fout. Il, mais c'est peut être une elle, ça changerait rien, a de drôles d'écailles un peu biscornues. Y'en a bien une ou deux qui brillent, c'est pas mal quand y'a du soleil, il voit pas vraiment la lumière à travers tout ce verre mais ça fait comme une caresse sur sa peau, c'est chaud et doux. Il sent bien qu'il y a du vrai quelque part, alors il essaie de voir, avec ses tout petits yeux. Ca sert à rien parce qu'il est presque aveugle, que l'eau est sombre, et ça fait juste des remous. Parfois, il croit deviner quelque chose sur la paroi, une forme aux contours pas très nets, qui le regarderait peut être, mais c'est tout flou. Bien sûr, ça lui fait peur au départ, mais la peur ça s'apprivoise, il y retourne petit à petit. Alors il prend un peu confiance, s'approche un peu : ça s'agrandit. Il ose une nageoire maladroite: c'est étrange, mais il ne se passe rien, le verre reste vide et froid. De temps en temps, sans trop comprendre, il y retourne, ça lui donne pas plus de réponses. Il ignore que cette cloison est un miroir, mais comment pourrait-il savoir ? Parfois, il voit rien, à part de l'eau sale et trouble. Il ne sait pas ces mots alors il fait des bulles, ou il chante, c'est plus simple. Oui c'est possible, qu'est ce qui ne l'est pas dans une histoire ? A l'évidence, parler ne servirait pas à grand-chose, même s'il savait, les faux crabes en plastique et le plongeur en scaphandre juste à côté ont l'air très contents de leur sort sort, qu'est ce qu'ils auraient à se dire ? Ca devient une sorte de rituel, souvent, à l'heure où la lumière décroît, quand il y a comme une transparence, il rend visite à cet autre là. Qu'est ce que c'est, derrière la vitre ? Ce poisson là est courageux, et pas complètement idiot. Il finit par comprendre que la barrière en est une, sans trop pouvoir nommer ça, que derrière il y a plus que ça. Alors une bonne fois pour toutes, il veut savoir, il alors prend son élan et fonce. Si fort que ça fera tout exploser. C'est réussi : le verre se brise et il atterrit, asphyxié et en plusieurs morceaux, sur un sol carrelé et géométrique. Sur l'étagère du laboratoire, tout en haut dans la rangée, dans le bocal le plus proche, un autre poisson a subitement très froid, flou devant son reflet hébété, sur la paroi.
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