mardi 4 mai 2010

Io Monade Stanca et Laetitia Shériff

30/04/2010, La Bascule, Rennes
Arrivée, le nez un peu en l'air et un peu perdue, parce que ça fait si longtemps, dans ce tout petit bar, la Bascule. C'est chaleureux, ce lieu, la déco est affreuse, mais ça n'enlève rien à son charme : un tableau représentant autant de tampons qu'il en faut à une femme en un an, des trompes l'oeil noirs et blancs plutôt moches, et un éclairage digne de la salle à manger, chez mémé. Aux musiciens d'être bons, cette lumière là ne trompe personne. Elle n'est pas froide, pourtant, non.
Quelques sourires à l'arrivée, des visages qu'on reconnaît sans les connaître, ce sont toujours les mêmes yeux, les mêmes têtes. Je suis en retard, les italiens d'Io Monade Stanca ont déjà commencé à jouer. Sur myspace, c'était plutôt bien, eh bien, si j'ai hésité à venir ce soir, aucun regret : leur son est bon, et prend toute son ampleur en live. Ils ont une sacrée énergie, je jette un oeil : peu restent franchement immobiles. C'est chouette. Je me surprends à décripter leurs jeux de décontructions, dur de dire si les titres sont longs ou pas, mais on ne s'endort pas. Ajouter à celà de très nombreux accords de quartes...Cet écart là est sensé mettre mal à l'aise, il est peu utilisé en classique, ou dans les mélodies les plus pops. C'est con à dire, moi, il m'électrise et m'apaise. Catalyse.

Exit, quelques verres, sourires, cigarettes. Quelques notes, ne pas rater ce départ...On rentre. Tout doux, c'est bienveillant, la jolie Laetitia Sheriff entonne Baby man avec sa guitare barython. Try me again suivra. Mise à nu...et chanter ce texte si intime à d'autres qu'un seul, l'a t'il jamais entendu? Les larmes aux yeux, je sais plus si je dois sourire, touchée, en traître, mais je vais pas pleurer quand même, il fait vraiment pas assez noir. Ca fait des années que j'ai son premier disque, mais je le comprends que maintenant. Quelques centimètres nous séparent, on entoure cette jeune femme, émue et pas si sûre d'elle. Ses compos disent en très peu de mots la sensiblité à vif qu'elle masque derrière une fausse assurance un peu garçonne, pas bêcheuse. Hullaballoo, tiré de son deuxième album, est magnifique en solo, comme tous les autres. Mélodie dépouillée, parfaite. Black dog...un bijou, tout en charme. The story won't persist into being a closed book. Je les citerai pas toutes. Elle, face à nous, un peu plus détendue sans doute, prend le temps de rire un peu. Un chien circule entre les gens, ceux qui parlent un peu se taisent très vite, ce bar est devenu une bulle, nos corps serrés respirent à l'unisson. Elle a une voix vraiment belle, passe d'aigus doux et suaves à des graves fragiles, c'est beau. Seule, c'est pas facile, elle prend le temps de laisser à chaque son tout son temps, de ne pas les faire mourir trop vite. Peu d'effets, tout est dans les compos très sobres, caresses ou griffures, classes, jamais molles. Ce moment fou s'arrête sur une note sans frime, Laetitia et ses fonds de poche, une petite blague carambar. Idiote, mignonne, manière de dire un peu maladroite, oui, bon, ça va...je vous ai montré mon âme, mais faut pas déconner quand même. Elle, à la fois gênée et fière d'elle. Retour au réel, fin du voyage intérieur, parades. Pas étonnant, c'est un peu dur.
Entre mes mains, un beau vinyle, son troisième album, les reprises de ce soir à écouter pour d'autres, plus tard. un dernier mot sur ce trottoir? bonsoir...


image: crédits/kfuel