samedi 14 mai 2011

Happés, au mieux / 1 : fin de l'hiver

Tu dis j'en prends, de la place, dans ton petit appartement. Ténu comme un verre, oh : un arc pâle. Ta peau si tôt me perce à petits jours. C'est le matin tard.
Elle : Tu sais, non, reste un peu, tu peux. Et même : jamais un premier soir. Seulement quand j'ai la vie en vrac. Tu dis aujourd'hui est fini, c'est enivrant et saoulant aussi, tu prends sans y toucher dans mon lit défait, tu t'égares et tu me rassures. Habillé t'es un peu perdu mais tu pars, il y a trop de jour très vite. Reste : ton odeur en pointillés dans les draps, et je t'ai même pas fait un thé, et puis on ne se connait pas. Vous avez oublié ton écharpe, harpon, moi il faut que je revoie l'autre. Je lui ai dit on se croisera, mais un mot ment, il est libre à contre-coeur, mais un moment c'est pas sans faims. Il me rappelle aussi et dit, tu joues? Non. Mais oui. Sa bouche. Et ton parfum en suspension, qui plane dans ma chambre noire.

Lui, ombrageux dans la lumière floue, sa chambre encombrée de décombres : Je pourrais mourir là ce soir. Dans vos bras ce serait pas si triste.
Mais merci bien pour le cadeau, un drôle de paquet tout piteux. Tu peux faire bien mieux.
Lui, dans son propre lit sans tâches : Tu sais, j'avais déjà pensé que j'aimerais vous y voir.
Et ton genou collé au mien, ils sont trois à avoir joué les coqs ce vieux soir laid, et puis si moi j'avais rien vu, à traquer leurs petites frontières. Tu lisais un livre : "Je t'aime", on en départage sur fond d'herbe quelques croyances contradictoires sur les tandems et leurs contrastes. Aux becs, la pipe. Mon amour muet, lui, du trop grand moment... se barre sans énoncer le bon soir, ivre de ses propres fuites (pas sans suites). Je décroche, l'appelle du bout des larmes sans rien dire, mais il ne colle pas. Capiteux comme un vent délétère. Piteux comme un trou en plein ventre.

Evidemment on se scotchera. Cap miteux, tout ça pour en mourir pas vite, sur des airs de vendetta mal avalée. Tu vis ça aussi toi, mais elle te donnera sans compter, elle te retient pas par la porte.
Lui : Tu es le genre de fille à ne pas appeler même si tu en as envie. Si je vous avais pas vue là, je vous aurais écrit...
Maybe. On va y aller à la mer.
Lui : Il n'y a pas de hasards.

Je sais bien que tu étais là pour me voir venir y boire, tu me l'auras dit plus tard.
Je surnage, rappelle l'autre, un autre, il manque. Je suis perdue moi, ta peau mais, et sur quel canot on embarque, et ton absente au fond du verre, t'es triste à mourir de soif tard.
Lui : Tu sais je suis un peu perdu. mais. Mords-moi.
Je sais, je sème et c'est la panique à bord mais je vais pas te faire du mal, hein, j'suis pas une fille à bâtir blanc, moi je suis un peu garagiste, tu parles, ça je sais y faire. Je dis pas c'est moi qui me casse, j'esquive, mais ces bleus là en laissent, des traces.
Lui : Tu as des amants? Et tu les as revus quand?
Je ris, pas nie. Je-mens-pas-tu-sais-j'omissionne je dis. Trois étalons qui se chevauchent, et puis les métastases fleuries, une suite morbide partitionnée qui n'en finit pas de finir. De quoi avoir la tête en vrille, la peine de quoi boire la tasse sous la douche.
T'étais venu voir si j'étais là, un peu belle ou bien morte sous l'eau brûlante, t'as écopé d'une serviette blanche pas si nette.
Lui, aussi perdu qu'un naufragé en territoires pas reconnus : Tu sais, on est tout petits, là, on n'est pas tout seuls dans cette chambre. C'est mes valises.
J'ai jamais cru, tu sais-je sais. Qu'éparpiller las ses bagages, ça les rendait plus légers en somme. Tu déménages. Mais je cloisonne et on s'isole. Ta voix à travers ses parois me parle. S'emmêle. Parfois tu rêves que tu t'endors. Je coupe un fil de plus, j'uppercut et il réceptionne mais c'est mieux ainsi, je dis : amis, motus. Toi, t'as pas besoin de le savoir.
Tu dis : Vos bras. Tes bas. Mais j'ai pas de fondements tu sais.
Je glisse douceâtre sans y croire.
Lui, mâle adroit sur un fil de l'air: Votre rire me manque.
Touchée mais. Comment te dire que je te quitte, chaque fois que je mets pieds à terre? Je n'aime pas laisser les commandes,  je veux que toi tu te diriges. T'as besoin de créer tes marques. Des cartes mais pas la boussole. Speach pas si cheap, on philosophe au petit jour.
Lui, lointain, une chambre chez des insulaires: Tu sais je suis pas amoureux, chérie.
On va y aller à l'amer. Moi je veux plus aimer personne. C'est ma bouche qui te sème en fast foods, je te livre et puis je repars. En sels! Puis tu me tues même à tâtons? Griffe tes marques. Parce que tu louvoies, t'erres dans ma peau. T'es odieux quand t'as la fringale.
Pas de pipeau, j'attends (sans piper) ni en avoir les airs que tu me siffles quand t'as le souffle court. J'accours que si tu fais la cour un peu, dans tes grandes pompes, j'attends que tu t'étendes. Ca tire, sur les cordes, on se mord? oh. Moi, ta petite pute restante. Le jour tu me lis des passages.
Elle : Vous. Ta peau.
Lui : vous êtes l'anagramme d'un ange. Pourquoi tu es si différente, selon l'éclairage?
Oui mais A face au vent ne pèse pas lourd et s'effeuille sans plumes. Je triche peu. T'es qui, là? Vous doutez tout le temps du pot et des roses. On se fait marcher. Sans trop se perdre? Je vous promène dans les rochers. Vous doutez jamais qu'on écoute?
Lui : Baiser, c'est rien. qu'est ce que c'est bien. J'ai envie de vous embrasser. Et puis aussi j'aime quand tu pars.

Elle : J'ai soif comme si je buvais l'eau de mer. Tu t'y retrouves toi là? J'ai les yeux qui brûlent quand tu lances les cordes. Mais je les attrape pas au vol. Attends. Qu'est-ce que c'est loin quand t'es pas proche. Parfois dans ma tête ça déraille et je me mets en marche. Arrière! Mais je sais plus revenir sans perches.


Lui : Attache moi.
Je suce ta sève jusqu'à plus soif, tu mords ma lèvre à peine ouverte. Y'a un goût de sang dans ta bouche. C'est vous qui m'attachez à vous. Et si je me noie, on fait quoi?
Elle : Cette nuit j'ai failli disparaître. J'avais froid comme sur un iceberg. Ton lit, mais tu étais loin dans un rêve. J'ai pas compris tes mots soufflés. Au petit jour tu me raccroches, c'est plus moche. J'ai envie de crier tu vois, je ne veux pas que tu le saches, j'ai pas envie que tu me lâches. Mais je veux pas que tu m'étouffes. Et toi? Je veux pas tuer le coq dans l'oeuf. Je sais, il a de jolies plumes. Elles ont juste pas eu la place. Mais on peut aimer à moitié? Plusieurs, je sais. Il y aura toujours des suites. Il y aura toujours des fuites. Mais même que marcher sur un fil, sans se casser l'âme un peu, ça permet pas de respirer, on se crispe et ça donne. de drôles de crampes.
Lui, ses doutes : bouge avec moi. oui, comme ça.
Elle, bêcheuse : Vous me faites pas peur.




Je te bois comme si j'étais à sec. Tes sorties je les prépare toutes : je me répète. une ancre c'est pas une enclume. Juste un tout petit quelque part où poser son front qui déborde. Où s'amarrer par temps d'orage. Et puis qu'est ce que tu me fais rire. Quand tu t'énerves je prends le large, mais je ferme pas les écoutilles. Ca me submerge plus par mégarde. Je crois bien que tu m'apprivoises. C'est dur: avec toi je suis toute petite. J'ai si peur de me souvenir. Quand tu dis je suis là j'ai envie de crier très fort, tais toi, ne me mens pas, je veux pas que toi tu me manques.
Lui, un lit après une fête pleine de sens : Tu es morte de peur. Je crois que t'as encore plus peur que moi. Je ris même pas : t'es perspicace. C'est pas la trouille ni les blessures qui te guident. t'as pas d'oeillères idiotes, t'as soif de vivre même à demi mort. Parfois dans tous tes défis t'es K.O., déconfit. T'es cynique parce que t'attends trop. Je te dis même pas que tu es beau. Mais j'ai les mains bavardes.
Tu me dis en l'air de rien je crois que je suis amoureux de vous un peu. On fait l'amour de mieux en mieux. Tu dis chérie, ça vous agace? Tu me lâches pas toujours en plein jour. T'assumes tes traces, je vous en protège mais tu les places. Tu dis c'est dur de s'en cacher.
Elle : je vous laisse l'espace. j'ai rencontré cette autre femme. j'ai pas su revenir vers vous. c'était tellement loin tout d'un coup. vous m'avez manquée, et vous? elle, j'en sais rien mais fragile. je vous déleste : je suis pas passée par la fenêtre, tu m'as pas traquée c'est dommage, t'as attendu mais t'es parti en salades avec une autre, et pour moi c'était pas la bonne. blessure grave. tu me dis, mais, elle est même pas jolie! je t'encourage à ouvrir tes voiles, il faut pas avoir peur du vent. une amie-guide, mais une amante, est-ce que vraiment je sais faire ça? Pourquoi se trouver maintenant? Je te vois déjà t' agrandir et je t'y aide un peu, si on veut du bien à des gens, on les enferme pas n'est-ce pas? Je te dis, tu sais, si tu fais des rencontres qui te parlent, vis les. Je te dis pas ma peur de perdre, j'ai toujours fait ça, ça veut dire que ce qu'on vit est voulu. Les vrais joueurs jouent toujours leur vie.  Et tu : mais tu survis, tu pardonnes? Pas toujours, non, mais je le sais pas à l'avance. Cette fille avec qui t'es allé voir la mer, quand pour une fois je t'attendais fort sans en trembler, si c'était une autre ce serait oui. Mais elle...non, on peut pas revivre la même chose, protège moi, je lui dis pas.
Lui, son corps qui m'enserre : Je ne veux pas que tu aies peur.

Tu me dis ton amour blessé pour celle, celle qui, elle tu la retrouveras un jour. Je sais et je t'écoute, ça me blesse pas, je sais pas si c'est bien pour toi, ce qui fait hurler c'est les mots qu'on tait et j'aimerais tant te dire merci, toi, tu parles. Quand tu fais ça tu me soignes, je savais pas que j'avais si mal encore. C'est pas une certitude, mais on est au moins trois dans ton petit lit. des fois. et tu dis : mon amour, à demi jour. quand tu fais ça je m'étrangle sans bruit, et t'étouffe à grands coups d'oreiller lesté, ou à mains nues, faudrait jamais dire ces mots là, ça fait mal comme du sel à vif sur les coupures, pourquoi mais pourquoi mais pourquoi tu les ouvres?

tu dis que t'as le droit un peu mais. je peux pas mourir plus. je me tais très fort mais tu devines, tu dis, vous êtes. un peu amoureuse de moi. de quel droit et à quel endroit? tu t'enfuis pas non plus pourtant. je sais pas si je veux, je peux. faire le poids. tu dis chérie, mais : j'ai pas dit que je te ferai des enfants. Tu dis trop, tu chemines à l'aveugle et tu tentes, tous tes mots sont vrais, flous, instantanés remis en question. Je sens quoi? Je sais ta peau qui s'amarre à la mienne, elles s'en disent tellement plus que nous. Rien, d'ailleurs, elles s'enclenchent et on les laisse faire. Ca s'invente pas la peau qui sied, tu dis. Dans tes bras je perds un peu le nord, mais je me demande pas où je vais :je pense plus. J'ai plus toujours envie de m'enfuir.
Lui : Je vais te manquer? Quelle question, ça se demande pas ça non mais. Je vais te manquer?
Tu dis si t'étais pas là, je paniquerai un peu c'est un détail. Futile et fataliste. Tu plantes un bisou dans mon cou, léger, tu pars loin, longtemps. 24 heures plus tard je suis à cran, mais je vais quand même pas attendre, t'es gonflé de faire ça de moi.
Elle (mots tus): Avec toi. Je veux être entière. Mais. ne nous brusquons surtout pas. vivons grand. il faut apprendre sa vie seul. Tu me manques, je suis bonne à rien sans savoir, j'attends sans oser espérer que tu craques, que tu fasses vibrer l'air distant que t'as pris en partant. Souvent tu le fais avant moi, mais cette fois, comme une marionnette je suis muette, manque ta voix. Et moi, je te manque un peu? T'es si occupé dans ton monde hors du monde, là bas, que je me prends pour une béquille que t'aurais jetée au placard. Fébrile, je m'active comme une fourmi hyperactive sous cocaïne, désorientée en plein cagnard, sur un macadam dégueulasse. Y'a rien qui marche, l'air marin me renvoie les tiens en pleine face, "veux tu avec moi, te casser la gueule?". Je voulais pas de ça pourtant, comment t'as fait pour aussi fort? Tu me rends mes distances quand je t'entrouvre du bout des doigts des gonds décatis, sans chaud ni froid: tu nourris un feu pour l'éteindre ? Je te demande rien tu disais, mais t'en dis plus. De vous à moi, pour qui étaient-ils ces mots là? J'ai pas pied et pour un peu là, c'est moi qui perdrais tes dédales. Je dévale en chute libre, on se reverra? j'en ai peur.

Elle (mots pas dits): Je m'étais même pas rendue compte que je m'effaçais par avance. Que je taisais plus que ma voix, et qu'elle aurait autant à en dire. Je déteste mon téléphone : il sonne pas. Je recule, acculée pour t'attendre sans rien t'en dire, je décale tout même l'essentiel, je t'ai perdu?

Prends soin de toi, je pense, j'espère que tout va bien. T'en doutes vraiment, fait l'autre, celle qui résonne dans le couloir, au fond de ma tête, prends soin des autres, et même de moi. dans ton appartement vide, j'ai laissé ce mot en suspens, penser à chercher. si on cherche pas on trouve pas. et dans ton living room, j'ai planqué un lapin qui se mange.  bien posé derrière une enceinte. J'ai le rire livide : je déguste, mes douceurs ont le goût du large.

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