Elle : Je fais face à ces doutes qui s'ignorent en prenant la fuite et la clef des champs. Dans un écrin vert luisant sous le cagnard, à la moiteur d'autres sourires, je respire à poumons lourds, le nez dans les fleurs neuves, naïves. Coquelicots fragiles, impudiques, un souffle et leurs pétales s'étiolent.
Lui, imprévisible à mon port, de bonne heure : Je suis de retour. Vous me retrouvez?
Ta voix qui bat le rappel fait mal à entendre, et ton aisance. Je peux pas répondre tout de suite, je cicatrise, l'arme à l'oeil, le sourire aux lèvres. Sur l'autoroute, on s'est croisés sans se le savoir: à contresens.
Roulant vite vers l'eau tu me démontes, pièces, morceaux et mauvais timings. L'air que je veux te donner nous manque. Immobile je me paralyse? Et m'emmure face à tes assauts. Sans lâcher prise.
Elle : Ton piquant ne manque pas de saveur. Je vous ai pas dit ma peau qui marque?
Ivre, épuisé, repu, tu traces des valves sur le sable, m'y invite sans cérémonie. Au ras du sable tu t'endors, je tais le froid, dans ton grand pull tout contre toi.
T'es perdu entre tous tes murs, quand j'abaisse les miens je m'y cogne. Fort. La nuit venue, on se retrouve, entendus et mus sans panache. Je sais pas chasser tes fantômes, c'est la tempête dans ta tête. Chaque aveu et faiblesse te durcit, tu m'ouvres, m'enfermes à clé puis puis te refermes. T'as les foies. Désarroi d'elle froissée, la cage thoracique oppressée.
Lui, entre quatre murs, fenêtre close : On se voit trop...Tu fais quelque chose, demain soir?
Tu me nourris, tu me harangues. Tu dis tes failles et cherches les miennes. On n'est pas très tendres. Veux-tu? J'ose pas, t'es changeant et tu me testes, veux tu, seulement ce que tu n'as pas? Tout à changé, tout est pareil, mais tu ne ressembles à personne. C'est simple, deux corps alanguis qui se lovent, ou s'endorment. Je suis jamais en équilibre : je t'abandonne, sereine, mais passent les heures et accro à nouveau, je tremble. Dingue froide.
T'attends à peine le temps de tirer les ficelles, sous le soleil tu me kidnappes des lunes entières. On fait des kilomètres en plein jour, c'est beau. Des distances étendues jusqu'à l'overdose du manque de sommeil. Tu t'accroches à mon phare sans ciller, tu parles trop et à travers, j'aime tes silences sous ces airs sombres. Quand tu flanches c'est moi qui vacille, t'écoutes mal mais tu retiens tout. Tu te dis possessif, infidèle, tu me veux jalouse, libre, soumise. Je m'épanche pas sur mes faiblesses, je te montre mes cartes les moins fortes. T'es mon adversaire le plus loyal, le plus fourbe et le plus retors. J'esquive en m'éclipsant, te pousse aux dilemmes.
Face au mur, le nez dedans, insistant, t'avoues ton manque à grand mots. Fi de tes digues abattues, fin des miennes, je replonge, c'était prévisible : les fleurs sauvages que tu m'as données en traître, même bancales et sans eau sont vivantes. Sans se savoir, on se reconnait si souvent. Je suis ta secrète régulière, le berger est bavard quand ça l'arrange, amoureux délétère indicible. Une histoire qui ne se compte, pas une histoire à attendre d'entendre. Je tends le dos sous tes morsures, souris de marbre. Qui frémit, volontaire. Taire les délits, les oui non dits murmurés, les lits défaits, les délices abrupt, les extrêmes.
Lui, déroutant diable: Qui peut le mal peut le bien.
Ombres et lumière, pourquoi choisir? On se fait à goûter sans sembler y toucher quand ça brûle.Tu mets en scène mes inconforts. Je ris de tes déconfitures.
Elle : Je vous déteste.
Lui, sur ses grands chevaux : Vous êtes mignonne. Tu restes un peu? J'ai faim.
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