Je cherche un caillou bien plat. Il faut qu'il soit lisse en main, tu vois, pas trop gros non plus sinon ça ne marche pas. J'ai froid aux pieds, ils sont pleins de sable jaune mouillé mais je m'en fiche. J'ai laissé mon sac en vrac un peu plus loin trop près des algues, mes pompes vont encore être trempées. Le nez en plein vent, je respire : le soleil a enfin pointé le bout de son nez. J'avais parié qu'il serait là. Soupir. Face à moi et sous ses rayons pâlots, un monde minéral liquide en teintes sépia, le ressac, l'écume. Il est tard mais je suis trop triste pour commencer à réfléchir, son spleen à lui me submerge aujourd'hui, j'arrive à peine à rebondir. Il est loin, à quelques mètres de moi, en contrehaut sur le chemin, la lumière décline. Il marche lentement en fixant la mer, plus loin encore, je le suis pas même du regard, je le laisse, beau dans sa bulle à ses pensées encore plus lointaines. J'ai envie d'être dans ses bras, de le secouer un peu plus fort pour le raccrocher à ce simple ici, à cette lumière douce, mais ce jour a été trop dur. Tiens, celui là est parfait, je le réchauffe, le fais glisser entre mes doigts. J'en choisis quelques autres comme on picore. Qu'est ce que j'ai froid. Je cours en dansant à moitié comme une gamine pour tromper mon désarroi et je mets les pieds, violemment, les deux d'un coup, vite, dans l'eau glacée. Qui a dit que ça ravigote? Quelle connerie. Elle est claire, l'eau, transparente, je vois mes orteils devenir bleus. Petite coupure sur le pied droit. Ca brûle un peu. J'essaye de rouvrir les vannes, d'inspirer à l'unisson avec les vagues, avec le vent. De m'imprégner de cette lassitude inexorable, solide, de faire partir le gout du sel. Parfois, on n'y croit pas et pourtant. Je lance mes petits galets dans l'eau claire, un par un. Sourire, des ricochets au bord de l'eau. Je n'ai pas oublié, tu vois. Je croyais même plus savoir faire ça. Et si je continue, ça marche encore? Rire franc, les épaules délestées, soudain. Oui. J'aimerais qu'il me rejoigne, je sais même pas s'il a déjà fait ça, lui.
Je le regarde même pas, il est dans une vague de tristesse sourde qui le compresse comme un rouleau où je ne peux rien faire pour lui si c'est montrer un halo qu'il voudra pas voir ni croire ce soir. Je laisse la plage avec le soleil qui se casse sans s'étirer, les pieds humides et des grains collés entre les doigts, je remets à la hâte de quoi les couvrir sans faire les lacets. On se rejoint presque sans un mot. Il remet la voiture en marche. Lui ne voit pas mes larmes tues, il parle à peine, je me sens sotte, désemparée, idiote. Vidée. Cette fois, dans le noir flou, on s'est quittés, on s'est perdus. Sur un parking. Je l'ai cru. Quelques nuits plus tard, ancrant fermement sa peau à la mienne et nouant ses bras autour de moi, il dira, c'est si ironique, j'en aurais pleuré. Je t'ai regardée, sur cette plage, tu sais, je n'ai fait que ça. Je t'ai enviée, tu étais belle: tellement libre. J'aurais aimé être comme toi.
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